Présentation

Cosmopolis

Revue de cosmopolitique

 

2017/1

Présentation

 

Depuis cinq siècles, la célèbre Utopie de Thomas More évoque l’idée d’un « non-lieu » (du grec ou, qui marque la négation, et topos, l’endroit), projeté dans un imaginaire coupé du monde, dont les habitants mènent une vie sage et heureuse. Nicole Morgan y voit cependant, au-delà ou en deçà de cette interprétation commune, la recherche de la meilleure forme de gouvernement par un philosophe de la Cité  qui se trouve être par là un précurseur de la modernité.

Andreas Bummel reprend le débat récurrent relatif à l’hypothèse d’un gouvernement mondial de type fédéral, dont l’objectif serait par ailleurs de démocratiser les relations internationales et leurs institutions. La mise sur pied de telles instances dépendra de la conjonction de plusieurs facteurs, comme le sens de la citoyenneté mondiale, l’implantation de régimes démocratiques au niveau national […] et l’adoption d’instruments juridiques de portée universelle.

Raoul A. Weiler et Kris Demuynck évaluent les perspectives de la production alimentaire propre à assurer la viabilité future des sociétés et la dimension éthique qui s’y attache. Ils rappellent que la famine, la précarité et l’effondrement des structures sociales sont une caractéristique constant de l’histoire humaine, mais sont tout autant liées à la situation géographique, à la démographie, au contexte sociopolitique et à l’influence du comportement humain sur le milieu.

Haider A. Khan interroge l’opportunité de l’adaptation de la stratégie géopolitique des États-Unis au contexte asiatique. A l’heure où le “nouveau siècle américain” et la perspective de l’unipolarité ont perdu toute substance, les turbulences de la scène politique actuelle et du contexte économique appellent une réponse qui tienne compte du continent le plus vaste de la planète et crée les conditions d’un avenir plus viable que l’actuel.

Dans la section “débats” :

Nicole Morgan reprend l’analyse faite précédemment de l’évolution du terrorisme selon trois orientations, à l’heure où les sociétés sont dominées par la poursuite sans limites de gains matériels et la défense atavique de mécanismes et de d’affects nourris par le nationalisme. La tendance actuelle est celle de la destruction continue du milieu sous l’effet des activités humaines, lesquelles entraînent la désintégration des institutions sociales traditionnelles et transforment la personne en objet à la faveur de l’évolution des techniques et de ses instruments.

Haider A. Khan commente deux ouvrages traitant s de la crise planétaire à l’ère cybernétique : Connaissance totale et Cité mondiale, dirigé par Paul Ghils, Academia-L’harmattan, Louvain-la-Neuve, 2016 et The Unmaking of Arab Socialism, par Ali Kadri, Anthem Press, Londres, 2016. A partir de ces réflexions, il discute la nature et les conséquences de la crise actuelle et tente de baliser la voie verte qui mènerait à une récupération à plus long terme.

Le dernier article est un essai  publié précédemment par Lucio Levi dans Cosmopolis, qui conteste la séparation disciplinaire qu’il juge dépassée entre la science politique et le domaine des relations internationales, qui se fondait sur l’étude distincte de la politique intérieure des États et de la politique internationale. Il pose la question de savoir si la conception statocentrée basée sur la distribution politique du monde en États souverains est un trait permanent, ou au contraire un moment de l’histoire du politique.