CETIM, La coopération au développement en question [Francine Mestrum]

Julie Duchatel et Florian Rochat (dir.), Efficace, neutre, désintéressée ? Points de vue critiques du Nord sur la coopération européenne, Centre Europe-tiers monde (CETIM), Genève, 2009.

 

La coopération au développement en question

 

Les ouvrages critiquant la coopération au développement sont de plus en plus nombreux. Mais rares restent ceux qui passent de la critique à une approche constructive. Car quoiqu’on pense de la coopération actuelle, une solidarité structurelle reste nécessaire si nous voulons survivre en tant qu’humanité.

 

Le CETIM (Centre Europe-Tiers Monde) vient de publier deux ouvrages qui méritent d’être lus et étudiés. Car non seulement ils soulignent la pertinence des critiques, ils font aussi des propositions concrètes et très intéressantes pour l’avenir.

 

Le premier ouvrage Efficace, neutre, désintéressée ? Points de vue critiques du Nord sur la coopération européenne est une collection d’articles de différents auteurs qui réagissent à des textes de référence. Il s’agit des Objectifs du Millénaire, de la Déclaration de Paris et d’un article écrit par le nouveau directeur de l’Agence française de développement (AFD). Y sont soulignés tous les facteurs qui rendent la coopération relativement ‘inutile’ : le manque d’appropriation par les bénéficiaires, les effets négatifs du ‘libre-échange’, l’effet pervers des paradis fiscaux et des crises financières. Les auteurs mettent l’accent sur le besoin d’impliquer les Nations Unies, de considérer les biens publics mondiaux, de mettre fin à l’exportation des armes. L’écologie et la santé devraient occuper une place plus importante dans tous les efforts des pays riches.

 

Les auteurs attirent également l’attention sur l’une des caractéristiques importantes et l’une des causes majeures de l’échec de beaucoup de projets. En effet, l’aide a trop souvent été un élément de géopolitique, tandis que les populations – les  ‘bénéficiaires’ – étaient perçues comme des non-acteurs du développement, des porteurs de valeurs traditionnelles qui sont des obstacles à la modernité.

 

Le deuxième ouvrage, En finir avec la dépendance à l’aide, est l’œuvre de Yash Tandon, ancien directeur du South Center à Genève. Il est préfacé par  Samir Amin et Benjamin W. Mkapa.

L’ouvrage de Yash Tandon contient une critique approfondie de l’aide que l’auteur divise en 5 couleurs : une aide rouge qui est idéologique, une aide orange qui n’est pas de l’aide à proprement parler, mais concerne le commerce (si chaque partie est gagnante, comme le disent les donateurs, qui aide qui ?), une aide jaune qui est militaire et qui n’est actuellement pas comptabilisée comme ‘aide’ (à tort, prétend l’auteur car ainsi elle échappe au débat), une aide bleu-vert qui concerne les biens publics mondiaux (dont les pays riches tirent aussi un profit), et une aide violette qui respecte la solidarité et qui permet de s’affranchir de la domination des Etats Unis, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

 

Selon l’auteur, l’aide renforce le pouvoir des donateurs. Il n’y a que la vraie solidarité qui puisse renforcer le pouvoir des destinataires. C’est pourquoi il propose sept étapes pour sortir de la dépendance et pour renouer avec les objectifs de la décolonisation,  soit l’ indépendance à l’égard de la domination étrangère. Les Etats doivent prendre leur destin dans leurs propres mains. L’autodétermination sera au centre des efforts de développement. Il avance  également des propositions pour parfaire l’architecture internationale de l’aide et souligne que les pays en développement ne manquent pas de ressources, mais que les circonstances favorables à leur mise en valeur s’imposent tout autant. Car le point de départ ne doit pas être l’aide, mais le développement.

Ces deux ouvrages montrent clairement qu’une critique sérieuse de la coopération est possible sans entamer la solidarité. Les Moyo et Easterly qui essaient de nous démotiver et de nous décourager en prônant des solutions propres au marché ne peuvent apporter de réponses valables. Après que les pays pauvres ont dû se plier pendant près de trois décennies au Consensus de Washington, il apparaît que les marchés ne leur ont rien apporté de positif.

Le CETIM  doit être félicité pour la publication de ces ceux ouvrages qui ouvrent des perspectives nouvelles et donnent de l’espoir à ceux qui souffrent et à ceux qui croient en la solidarité.

 

Francine Mestrum

Université libre de Bruxelles