Arméniens et Grecs en diaspora. La trajectoire de deux communautés marchandes à Livourne entre les XVIe et XXe siècles

Résumé

En illustrant une facette circonscrite de l’histoire des diasporas grecque et arménienne en Méditerranée, cette étude entend apporter quelques éléments d’éclairage à l’analyse du rapport entre les communautés diasporiques et le milieu d’accueil : la trajectoire des Grecs et des Arméniens de Livourne, qui apparaît aujourd’hui comme une boucle bouclée, peut nous amener à reconnaître un modèle cyclique de l’évolution des diasporas méditerranéennes, par-delà les traits spécifiques liés au contexte local et à la variation de ses conditions politico-économiques.

Une ville à peupler

 

La ville de Livourne, ville “nouvelle” s’il en est une en Toscane, n’a jamais été très riche en églises. On est donc surpris d’y rencontrer trois façades de bâtiments religieux, alignées d’un même côté de la Via della Madonna au cœur du centre historique. Deux des portails sont surmontés par une épigraphe, respectivement en grec et en arménien. Aujourd’hui, les passants défilent sans un regard pour ces témoignages muets.

 

Pourtant, Livourne n’aurait pas réussi à se hisser au rang de ville sans ces Grecs et ces Arméniens qui affluèrent à partir du XVIe siècle, mêlés à un nombre plus grand encore de Juifs, de Français, de «Tudesques ».

Depuis la fin de l’Antiquité, en effet, la Toscane côtière était redevenue une contrée déserte et insalubre. Seule la puissance maritime de Pise avait réussi à y prospérer, abritée par une lagune, le Porto pisano, d’où ses navires faisaient route vers le Levant ou les îles tyrrhéniennes.

 

Livourne, modeste château fort situé à l’extrémité sud de la rade, bénéficia du déclin de Pise, résultant aussi de l’ensablement progressif du «Port pisan». Les Florentins, définitivement maîtres des lieux en 1543, songèrent à faire de la petite escale le débouché maritime de leur État. À vrai dire le dessein de Cosme Ier de Médicis, Grand-Duc de Toscane, était de rendre à Pise sa place de ville marchande, dont Livourne aurait été le port avancé.

 

On entama alors la construction des nouvelles installations portuaires, reliées par un canal à la darse de Pise, afin de permettre aux barges de remonter le cours de l’Arno. Le successeur de Cosme, François (1574-1587), s’attacha ensuite à bâtir les fortifications, conçues pour protéger une ville de dix mille habitants, et les maisons dans leur enceinte. La population, qui n’atteignait pas 600 habitants en 1560, passa à presque 5.000 en 1601. Mais c’est avec son frère Ferdinand, qui lui succéda en 1587, que la ville précisa sa vocation tout en s’émancipant de Pise[1].

 

 

Les princes et leurs protégés

 

Entre-temps, la politique d’ouverture à la mer des Médicis, dont Ferdinand Ier fut l’artisan le plus résolu, prit corps à travers d’autres initiatives d’ordre militaire, démographique et économique qui constituèrent autant de facteurs d’attraction pour les étrangers de différentes origines, dont les Grecs et les Arméniens[2].

En 1561 fut créé l’ordre des Chevaliers de Saint-Étienne, noyau de la marine grand-ducale, dont Livourne devint la base opérationnelle. Compte tenu du manque de traditions maritimes au sein de l’État toscan, les recruteurs s’adressèrent en premier lieu aux hommes de mer de l’Archipel. La présence de matelots et d’officiers grecs à bord des vaisseaux médicéens est signalée même avant la création de l’ordre (Popova Dell’Agata, 1989, pp. 105-115). Peu après celle-ci, une communauté permanente commença à s’établir en ville. En 1567, elle obtint de pouvoir utiliser l’église de S. Jacopo in Acquaviva, située au sud des remparts, pour y célébrer les offices selon le rite oriental. Le premier faubourg de Livourne fut bâti à cet endroit justement pour y héberger les marins grecs, et reçut dès lors le nom de Borgo dei Greci. Leur installation à l’écart de la cité a été expliquée de plusieurs façons. En se domiciliant à proximité de la crique rocheuse de S. Jacopo, les Grecs se seraient mis à l’abri de l’air malsain venant des marais. En outre, ils auraient assuré la surveillance d’une partie de littoral propice aux débarquements des pirates (Vivoli, 1842-6, t. III, p. 123). Par ailleurs, le culte oriental, même dans sa version catholique, aurait été toléré pour les militaires et leurs familles, à condition qu’on l’exerçât discrètement (Popova Dell’Agata, 1992, p.54 ; Panessa, 1996, p.124).

 

Quoi qu’il en soit, l’élément grec joua un tel rôle dans la phase initiale de développement de la ville, que celle-ci eut comme premier gouverneur un ancien capitaine de galère –et corsaire grand-ducal– originaire de Zante, le chevalier Giovanni Volterra[3]. Le prestige acquis par la communauté grecque lui permit d’entamer dès 1600 la construction de sa propre église au cœur de Livourne. En 1606, elle fut consacrée sous le nom de l’Annonciation de la Vierge. Le contrat de vente de l’édifice[4], signé en grande pompe dans la cathédrale, prit valeur de reconnaissance juridique de la Nazione Greca, ainsi nommée pour la première fois dans ce document. Des cinq signataires du contrat, tous membres de l’organe représentatif de la Nation, quatre étaient des officiers de marine, contre un seul négociant. Cette proportion refléta durablement la composition sociale de la communauté grecque au cours du XVIIe siècle (Popova Dell’Agata, 1989, pp. 110-111).

 

Plus encore qu’à la fondation matérielle de Livourne, le nom de Ferdinand de Médicis est lié à la promulgation d’un ensemble de textes, les lettres patentes dites Livornine, qui servirent de cadre institutionnel à la vie économique et sociale de la ville jusqu’à leur abrogation en 1847. On a pu parler de ces privilèges octroyés par le Grand-Duc aux marchands de toutes origines comme d’un document capital pour l’histoire de la tolérance en Europe (Frattarelli Fischer, 1987, p. 3). Là aussi, Ferdinand reprit un dessein esquissé auparavant. Déjà en 1551 son père, Cosme Ier, avait concédé un «privilège» aux marchands orientaux, offrant force garanties à leurs personnes, leurs biens et leurs croyances afin de les attirer à Livourne (et à Pise languissante). Le fils peaufina l’invitation de façon à viser en premier lieu les Juifs, qui constituèrent, en effet, la plus nombreuse parmi les différentes «nations» tout au long de l’histoire de la ville.

 

Une tenace ambiguité

 

Avant de revenir sur les deux communautés qui font l’objet de cette étude, arrêtons-nous sur quelques détails significatifs, pour saisir les limites et le caractère exceptionnel de l’expérience d’ouverture économique et culturelle lancée par Ferdinand. En 1602, un ordre grand-ducal adressé au commissaire florentin et à la communauté juive de Pise précisa que les «privilèges» ne devaient être «ni copiés ni montrés». Telle était la circonspection dont il fallait user, pour ne pas contredire ouvertement la doctrine de l’Église et mettre les autorités toscanes en délicatesse avec le pape ! Du reste, la vigilance des archevêques pisans fut si efficace qu’en 1756 on en vint à se demander si «les privilèges accordés aux Juifs pour le port de Livourne s’étendaient encore à la ville de Pise» (Frattarelli Fischer, 1987, p.4).

 

C’est dans ce contexte que les présences grecque et arménienne s’affirmèrent à Livourne au cours des XVIe et XVIIe siècles.

L’église de l’Annonciade, inaugurée juste après l’élévation de Livourne au rang de ville, relève donc de la première phase de la présence grecque, celle des militaires et des ouvriers de l’arsenal, originaires surtout des possessions vénitiennes en butte à l’expansion ottomane.

 

Pour de tels paroissiens, le fait d’avoir à se conformer au rite grec catholique était probablement un moindre mal. Leur soumission à l’autorité du Saint-Siège, par ailleurs, tout en étant proclamée dès 1572 et, à partir de 1653, sanctionnée dans le règlement de la confrérie qu’ils avaient constituée, se révéla plutôt élusive (Popova Dell’Agata, 1980, p. 259, note 7). La distinction entre une communauté « grecque unie » du XVIe et XVIIe siècle d’un côté, et une communauté «schismatique» du XVIIIe et XIXe siècle de l’autre, ne semble pas refléter les dynamiques réelles, qui dessinent un parcours tortueux mais imbriqué. Du reste, la fréquence des interventions préventives ou correctrices de la hiérarchie catholique montre l’ambiguïté de la situation[5].

 

Ainsi, lorsqu’il fut question de nommer le premier curé de l’Annonciade, c’est sur suggestion des Grecs que le Gouvernement florentin s’adressa au Mont Athos, d’où fut dépêché un moine qui, évidemment, ne se montra guère enclin à faire profession de foi catholique. À sa place fut alors élu un prélat chypriote moins rétif, tandis que le moine était éloigné de Livourne, l’archevêque de Pise brandissant la menace d’un procès pour hérésie à son encontre (Popova Dell’Agata, 1992, pp.56-57).

 

Toutefois, la nation grecque continua de rechigner à l’obéissance. En 1613, la venue à Livourne de l’émir druze Fahreddin entraîna un afflux de marchands melkites et maronites de Syrie, pour qui l’église de l’Annonciade, avec son office oriental, était un point de repère naturel. La présence de ces gréco-catholiques de langue arabe altéra les équilibres au sein de la communauté[6], mais la majorité hellénophone fut encore en mesure d’obtenir, en 1625, l’éloignement du successeur du premier curé, quoiqu’il eût été imposé directement par Rome (Pera, 1888, pp.56-57 et 86-87 ; Frattarelli Fischer, 2001, p.54).

 

Les statuts de la Confrérie avaient beau avoir reçu l’agrément de l’autorité diocésaine, les visites pastorales, les enquêtes, les procès instruits par l’Inquisition pisane, les rapports tantôt alarmés, tantôt résignés[7] sur la conduite de ces ouailles suspectes se succédaient. Pourtant, lorsqu’en 1708 le prévôt de Livourne exigea que les nouveau-nés grecs soient baptisés dans la cathédrale par un prêtre latin, la communauté fit appel aux autorités contre cette «persécution» (Paolini, 1988-90, p. 225). C’est sur ordre du Grand-Duc et de l’archevêque de Pise lui-même que le prévôt dut se rétracter.

 

La tradition du «tronc des capitaines» témoigne de la porosité entre les deux observances : le curé de l’Annonciade montait à bord de tout bâtiment grec qui accostait au port de Livourne pour en bénir l’équipage, et le dimanche suivant c’était à la chiourme et au capitaine, orthodoxes le plus souvent, de laisser une aumône à l’église, après y avoir entendu la messe de rite grec catholique (Paolini, 1988-90, p. 225 ; Mai, 1999, p. 65).

 

Malgré les raidissements de la hiérarchie religieuse –en 1743, l’archevêque de Pise réaffirma le caractère obligatoire de la profession de foi catholique pour tous les chrétiens orientaux de Livourne (Paolini, 1988-90, p.226), en 1750 il interdit la procession orthodoxe du Vendredi saint (Frattarelli Fischer, 2001, p. 58)- la dynamique des trafics avec le Levant finit par changer la physionomie de la communauté grecque livournaise, jusqu’à l’émergence d’une «deuxième nation» avec ses institutions et son église.

 

 

Le «pignon sur rue» et ses limites

 

Cette «deuxième nation» constitue le prolongement d’une réalité préexistante dans des conditions différentes, plutôt qu’une entité nouvelle et opposée[8]. Il convient dès lors de se pencher sur l’évolution sociale de la communauté grecque à Livourne, en relation avec les conjonctures économiques et les événements politiques à l’échelle locale et méditerranéenne.

 

Vers la moitié du XVIIe siècle, la coûteuse escadre navale de l’ordre de Saint-Étienne dont les Statuts ordonnaient que «l’on ne puisse jamais conclure ni paix, ni trêve avec les Turcs, Maures et autres Infidèles» (Paolini, 1988-90, p. 218) -ce qui barrait les routes tyrrhéniennes aux navires ottomans- fut vendue à la France. La spécialisation militaire de la communauté perdit alors sa raison d’être, alors même que l’avantage comparatif des pavillons neutres (ragusain, vénitien, français) dans le commerce avec le Levant s’évanouissait.

 

Toutefois, l’implication des Grecs dans les réseaux commerciaux centrés sur Livourne, où d’autres «nations» étaient déjà bien implantées, se fit à petits pas. Si le cadre général a été décrit par Stoianovich dans son étude sur le «marchand orthodoxe balkanique conquérant», des facteurs spécifiques durent intervenir pour rendre le port toscan particulièrement attrayant pour les Grecs ottomans. D’abord, à la dynastie des Médicis, qui s’éteignit en 1737, succédèrent les Habsbourg-Lorraine, partisans plus résolus de la pleine souveraineté de l’État dans la conduite de ses affaires. Un premier signal de leur orientation fut le traité de paix signé avec la Porte en 1747, suivi par les trêves avec les régences barbaresques.

 

C’est donc vers le milieu du siècle qu’un premier noyau commerçant grec apparut. D’après un document de 1757 en faisaient partie 27 tailleurs et fourreurs, et surtout huit négociants aux intérêts étendus de la Grèce du nord à la Barbarie (Frattarelli Fischer, 2001, p. 49 ; Panessa, 1998, p.17). Face aux conflits qui, au sein de la Confrérie de l’Annonciade, continuaient d’opposer la minorité catholique (grecque et melkite) à la majorité sans cesse renforcée des orthodoxes, ces derniers avaient désormais assez d’assurance pour présenter, en 1746, une pétition au Grand-Duc. Ils joignirent aux doléances les attestations notariales de leur poids économique (Frattarelli Fischer, 2001, pp. 56-57), et se déclarèrent prêts à transférer leurs trafics à Trieste, Nice ou Port Mahon au cas où ils ne reprendraient pas possession de l’église de l’Annonciade[9].

 

La réponse de l’administration grand-ducale se fit attendre : onze ans passèrent avant que l’affaire ne soit tranchée en réaffirmant le soutien de l’autorité au libre exercice des cultes et des commerces. C’est ce qui a fait dire à un historien de la diaspora hellénique en Toscane, que «certes, l’on ne peut appeler ceci ni tolérance religieuse, ni liberté d’exercice des fonctions religieuses de la minorité. Les Grecs n’auraient pas non plus obtenu d’église, ni par conséquent d’organisation, s’ils n’eussent pas été des marchands riches et puissants, à même de mobiliser leurs ressources économiques pour atteindre leur but» (Tomadakis, 1940, pp. 96-97).

 

L’orientation prise par les autorités toscanes est néanmoins claire dès 1749, lorsqu’un autre obstacle à l’implantation des marchands chrétiens orientaux fut levé par un arrêt du tribunal de Florence, qui reconnut aux « schismatiques » la possibilité de léguer et d’hériter. Il est à noter que cet arrêt faisait expressément référence à la nouvelle donne dans les rapports entre la Toscane et l’Empire ottoman (Castignoli, 1979, p. 4).

Sur le plan de l’organisation confessionnelle, des tractations s’engagèrent entre les autorités florentines et l’archevêché de Pise, qui aboutirent en 1757 au motu proprio grand-ducal autorisant les Grecs schismatiques à ériger leur propre église, tandis que celle de l’Annonciade passait définitivement aux Grecs unis.

Le bras de fer entre les deux pouvoirs laissa des traces dans le document, sous forme de conditions que l’on a pu définir comme «odieuses» (Castignoli, 1979, p. 4) ou «injustes et humiliantes» (Tomadakis, 1940, p. 96). Entre autres, l’église ne devait pas porter de marques de sa qualité d’édifice religieux, l’usage des cloches pour convoquer les fidèles était interdit, et l’obligation pour eux de s’enregistrer chez l’une ou l’autre église créait une cloison étanche comme jamais auparavant entre les deux observances[10].

 

De toute façon, les «Romains de l’est» (ainsi se définissent-ils eux-mêmes dans l’acte de fondation) purent organiser une souscription, acheter le terrain, le transformer et inaugurer l’église, consacrée au nom de la Sainte Trinité, en 1760.

Presque en même temps, un deuxième motu proprio établit d’autres limitations à l’exercice du culte. Le prêtre orthodoxe ne pouvait pas se montrer sur la voie publique avec les ornements sacerdotaux, et les cortèges funèbres des défunts schismatiques devaient se dérouler de nuit sans aucune pompe (Paolini, 1988-90, pp. 237-238). Dans le mémoire cité plus haut[11], les représentants de la communauté suppliaient le souverain de revenir sur cette dernière disposition, en expliquant que «rien que pour le désir de mourir en étant munis de leurs Rituels et Cérémonies, ils préféraient au séjour paisible en Toscane la vie pleine de méfiance

et d’inquiétude qui les attendait dans l’État Ottoman».

 

Il semble qu’après le scandale suscité par le passage du convoi d’un mort orthodoxe en plein jour, une solution pragmatique ait été trouvée (Paolini, 1992, pp. 63-64). Ce ne sont pas pourtant les mesures vexatoires qui empêchèrent la communauté de se doter d’une base économique et institutionnelle.

 

 

S’organiser pour durer

 

Ce but fut atteint en 1775, lorsque les autorités civiles et religieuses compétentes approuvèrent les statuts de la Confrérie de la Sainte Trinité (Tomadakis, 1940, pp. 97-100). Un chapitre y était consacré aux modalités de financement, jusque là basées sur des souscriptions volontaires. Maintenant, des droits étaient dus à la Confrérie pour les marchandises en provenance du Levant ou qui y étaient destinées. Un droit s’appliquait également aux marchandises en transit. Enfin, tout capitaine marchand grec orthodoxe faisant escale à Livourne était tenu de verser un sequin par an.

 

Ailleurs on définissait les organes de la Confrérie : il revenait à l’assemblée générale d’élire un Conseil des seize, et quatre Représentants en son sein, dont le mieux élu assumait la charge de Gouverneur. L’on a pu constater à ce niveau des similitudes avec l’organisation des autres «nations» présentes à Livourne, la juive et l’arménienne en particulier. Des analogies fonctionnelles ont également été remarquées avec les communautés grecques autogérées qui se formaient à la même époque dans certaines régions de l’Empire ottoman, d’où provenaient la plupart des marchands implantés à Livourne  (Vlami, 2000, pp. 282 et 299-305).

Le choix du curé et de son vicaire, leurs tâches et leurs émoluments étaient aussi soigneusement réglés. Certaines dispositions, comme celles interdisant au curé de faire partie de la Confrérie ou d’accepter les legs d’un de ses membres, visaient à tracer une distinction nette entre la charge d’âmes et les affaires laïques des Confrères. Le chef spirituel de la communauté ne pouvait non plus entretenir une correspondance avec d’autres religieux orthodoxes sans l’assentiment du Conseil des seize. La Confrérie prenait ainsi les devants contre les risques de dérapage vers l’union avec Rome, dont les promoteurs se recrutaient parfois dans les rangs du clergé (Tomadakis, 1940, pp.99-100 ; Panessa, 1991, p. 55), mais évitait aussi de s’exposer aux ingérences de l’une ou l’autre autorité ecclésiastique orientale, désireuse de s’annexer une si riche paroisse (Panessa, 1996, p. 128).

 

Toujours dans le but de préserver l’identité communautaire, les «Constitutions et Chapitres» retiraient les droits électoraux aux membres de la Confrérie qui auraient contracté mariage mixte. Poussé par la relative faiblesse des effectifs de la communauté (Panessa, 1991, p.56 ; Paolini, 1988-1990, p. 243), son Conseil en arriva à permettre les unions entre cousins germains, en passant outre à la nécessaire autorisation épiscopale (Tomadakis, 1940, p. 100).

 

La volonté de la Confrérie d’affirmer son indépendance, même vis-à-vis de ses propres autorités ecclésiastiques -la paroisse livournaise relevant officiellement de la juridiction du patriarcat de Constantinople- apparaît aussi dans la disposition qui interdit les legs aux monastères et autres institutions religieuses du Levant, pour les transmettre d’office à l’église de la Sainte Trinité (Frattarelli Fischer, 2001, p. 59)[12].

 

 

La diaspora crée sa métropole

 

Il ressort de tout ceci que la communauté grecque orthodoxe de Livourne ne conçoit plus, désormais, la préservation de son identité en des termes purement religieux. Il est significatif qu’en énonçant les buts de la Confrérie, dans le préambule des statuts l’on mentionne, après «l’honneur rendu à Dieu notre Seigneur», «la dignité du nom grec» (Frattarelli Fischer, 2001, p.59). Ainsi, le succès économique des négociants grecs livournais, dont les entreprises familiales constituaient des réseaux reliant les ports de la mer Noire à ceux du Levant, de l’Afrique du Nord, de la péninsule italienne et du Midi, et leur affirmation sociale, symbolisée par les lettres d’anoblissement que le Grand-Ducs octroyaient aux Palli, Rodokanaki, Maurogordato, Pappoudof, purent se conjuguer avec le soutien à toute initiative apte à renforcer ce que l’on peut bien appeler, dorénavant, la conscience nationale.

 

Tout en mettant en place des institutions importantes pour la cohésion communautaire, comme le cimetière et l’hôpital[13], les dirigeants de la Confrérie se soucièrent avant tout de l’éducation. Le premier contrat entre la communauté et un maître d’école, chargé d’apprendre aux enfants «les lettres communes et aussi les grecques», fut signé en 1775 (Panessa, 1991, p. 59). Un collège grec, appelé Ellinomoussion, fonctionna entre 1805 et 1837, arrivant à compter jusqu’à 42 élèves en 1822 (Vlami, 2000, p. 322). La Confrérie discuta, en outre, la possibilité d’accorder des bourses d’études à de jeunes Grecs originaires des régions d’où provenait la plupart des confrères, afin qu’ils puissent s’inscrire dans une université italienne. La mise en œuvre du programme n’aura pas toujours été aisée, mais les étudiants furent nombreux à en profiter au fil des ans[14], Pise étant leur destination la plus courante[15].

 

Toujours dans le souci de contribuer à l’éveil culturel de la mère-patrie, et par-là à son émancipation politique, on parraina la publication des ouvrages d’histoire nationale de Grigorios Paliouritis (premier enseignant du collège), imprimés à Venise et puis expédiés au Levant aux frais de la Confrérie. D’autres marchands financèrent à titre personnel l’édition et la diffusion des œuvres de Koraïs. De même la Confrérie veilla au bon fonctionnement de son école, en la dotant entre autres d’une bibliothèque. Elle soutenait des établissements scolaires et des bibliothèques en Grèce même, à commencer par la Philossophiki Scholi de Chio. L’importance qu’elle attachait à son programme éducatif ne se démentit pas au cours de la guerre d’indépendance, lorsque la communauté mobilisa ses ressources financières au profit de la cause nationale. Malgré la situation économique difficile, le niveau des subventions à l’Ellinomoussion resta inchangé (Vlami, 2000, p. 323).

 

Étant placée à la jonction de nombreux réseaux de relations formelles et informelles, la Confrérie de Livourne fut à même de jouer un rôle important et multiforme dans la lutte de libération nationale. Les négociants grecs livournais animèrent un courant philhellène en Toscane, qui se manifesta à travers des campagnes de presse et surtout des souscriptions[16]. Mais la Confrérie s’engagea aussi directement dans l’accueil des réfugiés, et surtout dans l’envoi d’armes, poudre et vivres aux combattants (Vlami, 2000, pp. 313-315 ; Tomadakis, 1940, pp. 81-82).

 

Au lendemain de la création de l’État hellénique, la nomination au poste de consul de Grèce à Livourne d’un des membres les plus actifs de la Confrérie, le négociant et banquier Panajotti Palli, était donc un choix presque obligé. En effet Capodistrias en personne avait sollicité l’apport des «marchands grecs de Livourne» à l’organisation du nouvel État (Vlami, 2000, pp. 315-317).

 

La figure de Panajotti Palli est un exemple du degré d’intégration atteint par la communauté dans la première moitié du XIXe siècle. Onze fois président de la chambre de commerce de Livourne, premier roturier grec à être admis dans le Livre d’Or de la noblesse toscane, père d’une femme de lettres bilingue de renom, Angelica, et d’un futur maire de la ville, Michele, il présenta en 1839, au nom de la Nation grecque-orthodoxe, une pétition aux autorités toscanes, pour demander qu’on qualifiât leur Église d’orientale ou greca non unita plutôt que de scismatica (Vlami, 2000, p. 394 ; Vlami, 1997, pp. 83-84). Les Grecs de Livourne tentaient ainsi de s’affranchir de la partie la plus lourde à porter de leur identité, celle qui les avait exposés, malgré les privilèges commerciaux dont ils jouissaient depuis trois siècles, à des humiliations qu’ils n’étaient plus prêts à accepter. La pétition semble avoir été acceptée (Paolini, 1988-90, p. 246), néanmoins le recensement de 1841 dénombre encore, parmi les Grecs de Livourne, 132 résidents scismatici et seulement trois acattolici.

 

 

La nation contre les «nations»

 

En tout état de cause, des temps nouveaux s’annonçaient en Toscane. Les Livornine furent abolies en 1847[17], dans le cadre des adaptations que l’avènement de la révolution industrielle imposait aux pratiques commerciales traditionnelles. Les marchands grecs de moindre envergure disparurent du marché, tandis que les grands négociants optèrent soit pour l’investissement de leurs capitaux dans l’économie du Royaume de Grèce et le rapatriement, soit pour l’insertion dans la vie économique du Grand-Duché puis du Royaume d’Italie, dans le domaine bancaire, de la haute finance et de l’industrie naissante, avec l’assimilation en perspective (Vlami, 1997, pp. 76-77).

 

Avec l’adhésion de la Toscane à l’État italien, et surtout l’abolition du port franc en 1868, ces tendances s’intensifièrent. Livourne cessa alors d’être une ville «pas comme les autres», et ce fut curieusement encore un Grec, Michele Palli, maire de 1867 à 1868, qui présida à la clôture du cycle ouvert par le Gouverneur Volterra presque 300 ans plus tôt.

 

En 1873, la Confrérie modifia ses Constitutions pour la première fois. La décision fut prise, le premier signataire en étant Michele Palli, de permettre aux membres qui épouseraient une femme d’une autre confession de participer à l’administration avec droit de vote (Vlami, 2000, pp. 305-308). On prit ainsi acte d’une situation dans laquelle les mariages mixtes devenaient de plus en plus fréquents, et la Confrérie avait du mal à maintenir ses effectifs.

 

Au fur et à mesure que la communauté s’étiolait, le lien entre la ville et «ses» Grecs s’effilochait. La coutume de la bénédiction de la mairie par un curé grec fut abandonnée en 1892. Le dernier baptême dans l’église de la Sainte Trinité eut lieu en 1927. Entre temps, l’épisode connu comme l’« incident de Corfou », qui vit une mission militaire italienne massacrée à la frontière grèco-albanaise par des inconnus, provoqua une crise entre Rome et Athènes en 1923. Corfou fut occupée par représailles, et des émeutes anti-grecques éclatèrent dans plusieurs villes italiennes. À Livourne, les deux rues qui gardaient dans leur nom le souvenir de la présence grecque furent débaptisées par la colère populaire (Panessa, 1996, pp. 138-139 ; Cini, 2000, pp. 6-7). L’église de la Sainte Trinité fut visée par un attentat, et sa coque vide rasée sans regrets en 1942[18], à la veille des bombardements alliés qui infligèrent le même sort à une bonne partie de la ville.

 

 

Luxe et mobilité : le cas arménien

 

S’il est vrai que les Grecs et les Arméniens de Livourne aient longtemps partagé le même espace urbain, et aient pu battre de conserve les routes maritimes qui en rayonnaient, les traces d’une interaction plus profonde entre les deux communautés restent encore à déceler, bien qu’il soit raisonnable de les supposer[19].

 

Les parallélismes entre les parcours de ces deux groupes de chrétiens orientaux sont également assez partiels, tandis que certains indices sont révélateurs de leurs dissemblances. Vers 1650, par exemple, lorsque le Consul de la Nation grecque proposa à ses compatriotes de lui verser, à titre de rétribution, un pourcentage fixe sur les denrées qu’ils importaient à Livourne, ils répliquèrent qu’il n’était pas juste de leur appliquer les mêmes tarifs qu’aux Arméniens, dont les marchandises, à poids égal, étaient beaucoup plus précieuses (Ghezzi, 1998, p. 47). Ce qui montre que les marchands arméniens sur la place de Livourne étaient déjà des spécialistes des produits de luxe, alors que leurs «collègues» grecs en étaient encore aux premiers pas dans le commerce des grains, source de leur prospérité à venir.

 

Les négociants arméniens, à leur tour, utilisèrent les Grecs comme terme de comparaison, lorsqu’en 1673 la hiérarchie catholique tenta de leur imposer le culte latin. L’argumentation qu’ils firent valoir pour ne pas y consentir était la suivante : les Turcs auraient pu alléguer le cas de Livourne pour forcer les Arméniens à embrasser le rite mahométan chez eux, et ce risque aurait été d’autant plus grand, que «tandis que les Grecs sont permanents ou implantés à Livourne, il n’y a pas ou peu d’Arméniens qui soient dans cette situation-là» (Frattarelli Fischer, 1998, p.39). La réalité était quelque peu différente, car à l’époque un noyau d’une dizaine de familles arméniennes avait quand même déjà pignon sur rue à Livourne (ibidem). Il n’en demeure pas moins qu’aux débuts militaires et tout de suite orientés vers l’enracinement de la colonie grecque s’oppose une présence arménienne initialement plus mobile, qui apparaît fondée sur la figure du «marchand courrier», se déplaçant d’habitude avec ses marchandises.

 

 

UNE COMMUNAUTÉ BINAIRE

 

L’essor commercial de la communauté arménienne devança donc d’un bon siècle celui de la communauté grecque. De façon plus immédiate que pour cette dernière, le préalable à son établissement est constitué par les privilèges grand-ducaux de 1547 et 1591-93, dont la double référence aux marchands, «Armeni e Persiani», semble vouloir distinguer leur double provenance : le Levant ottoman et la Perse safavide.

 

Toutefois, les traces du passage d’Arméniens par Livourne ne sont qu’indirectes jusqu’à la première décennie du XVIIe siècle, lorsque les sources mentionnent des groupes de marchands en transit (Frattarelli Fischer, 1998, pp. 26-27). En 1624, ils furent quinze à signer une requête au Grand-Duc, lui demandant de reconnaître comme «consul et truchement» de leur nation un Toscan ayant appris leur langue (ibidem, p. 28). La même année un négociant d’Ispahan, et plus précisément de la nouvelle Joulfa, Safer di Gaspero, décidé à s’installer à Livourne, refusa de le reconnaître comme son représentant. On voit ici s’amorcer l’antagonisme entre les Arméniens ottomans et les sujets du Chah, qui déboucha en 1646 sur la reconnaissance de deux consuls pour deux «nations» arméniennes séparées (Castignoli, 1979, pp. 29-31).

 

La politique grand-ducale semblerait viser ici à créer un système de contrepoids entre les «Persans», plus riches et bénéficiant de la protection de leur souverain, qui, de plus, entretenait de bonnes relations avec les Médicis, et les «Turcs», au statut plus incertain et par conséquent plus enclins à se conformer aux exigences de la hiérarchie catholique (ibidem, p. 31).

 

Que la communauté joulfaine se montre, de ce point de vue, plutôt entreprenante, on le constate à l’occasion de l’arrivée à Livourne, en 1642, du vardapet Hovhannes, qui réussit, tout en déjouant la surveillance de la Congrégation de Propaganda Fide (Orengo, 1999, p. 257), à organiser une imprimerie équipée de caractères arméniens où il imprima la traduction du Psautier de David, premier livre édité dans la ville (tous alphabets confondus).

 

La suspicion constante des autorités ecclésiastiques[20], ajoutée aux divisions internes, explique d’ailleurs les difficultés rencontrées par les Arméniens dans leur effort pour se doter d’une église «nationale» à l’instar des Grecs. Consacrée à Saint Grégoire l’Illuminateur, elle ne fut inaugurée qu’en 1714, à la suite de l’acceptation d’un «décalogue» particulièrement restrictif (Paolini, 1991, pp. 8-9).

 

Malgré ces ingérences religieuses, le XVIIe siècle vit s’imposer sur la place de Livourne de nombreux négociants arméniens. Leur contrôle des routes de la soie et du café, ainsi que des sources d’approvisionnement en corail et pierres précieuses, à travers des réseaux familiaux dont la nouvelle Joulfa était souvent la plaque tournante, permit à certains d’entre eux d’acquérir un prestige social considérable.

 

Le levantin (ou ottoman) Antonio Bogos Celebi en est un exemple qui, en rompant avec les pratiques traditionnelles des marchands de sa «nation», vers le milieu du siècle ajouta à ses autres activités le fret maritime et devint, avec ses six bâtiments battant pavillon grand-ducal, le premier armateur de la flotte marchande toscane. Nommé à la haute fonction de gonfalonier, il obtint de pouvoir continuer à s’habiller à l’orientale. Le palais qu’il se fit bâtir autour de 1665 comprenait un hammam ouvert au public, qui continua à fonctionner longtemps après la mort du propriétaire (Pesciatini, 1998, pp. 73-101).

 

Les familles «persanes» Mirman et Sceriman envoyèrent aussi leurs représentants à Livourne, où ils s’installèrent en grand apparat (Castignoli, 1998, pp. 103-120 ; Sanacore, 1998, pp. 127-160). À côté de ces grands négociants l’on signale, dès 1678, les premiers cafetiers arméniens (Frattarelli Fischer, 1998, p. 35; Ciorli, 1998, p. 162 et note 3).

 

Numériquement faible (elle n’atteignit jamais la centaine d’individus stables), et plus déchirée par les clivages confessionnels que la nation grecque, la communauté arménienne présentait, en outre, une prévalence beaucoup plus nette d’hommes célibataires, qui se mariaient sur place avec des femmes originaires des différents états italiens de l’époque (Frattarelli Fischer, ibidem). La dispersion des clans familiaux sur un échiquier beaucoup plus vaste que dans le cas des Grecs était un élément de fragilité supplémentaire.

 

 

Une diaspora sans métropole

 

L’amorce du déclin fut donc beaucoup plus précoce : pour ce qui est des Arméniens «persans», en 1722, l’écroulement de l’état safavide sous le choc de l’invasion afghane sonna le glas de la nouvelle Joulfa. Les réseaux familiaux qui en rayonnaient se réorganisèrent à partir d’autres places commerciales, mais il est significatif que quinze ans après l’on rencontre, à Livourne, des vendeurs de bricoles arméniens logeant chez les bonnes sœurs de Ste Marthe (Ciorli, 1998, p. 169, note 30).

 

D’autres développements semblent avoir affecté la communauté marchande arménienne de Livourne dans son ensemble, au fur et à mesure que le système international des échanges entamait sa transition de l’ancien régime à une phase préindustrielle (Sanacore, 1998, pp. 158-159). Des trafics tels que le commerce des grains de la mer Noire ne connurent aucune implication de la part de négociants arméniens, alors qu’ils furent à l’origine des fortunes de beaucoup de Grecs. De façon symbolique, en 1802 Gregorio Sceriman se vit contraint de céder ses droits sur des entrepôts en douane aux Grecs Patrinos et Mospiniotis (Sanacore, 1998, pp. 152-153) et, en 1834, ce fut Emanuele Rodocanacchi qui acheta une villa splendide, jadis appartenue à la famille Sceriman, dans la campagne proche de la ville (Canessa, 2003, p. 34).

 

À cette époque, le cheminement vers l’élaboration d’un programme de renaissance nationale opéra, chez les Grecs, comme un catalyseur des initiatives économiques et de la cohésion communautaire. Par contre, la communauté arménienne, dépourvue d’une telle perspective, avait l’assimilation comme unique horizon. Il n’y a qu’à voir comment les deux groupes réagirent au diktat lancé par l’Archevêque de Pise aux chrétiens orientaux de Livourne[21] . Pour les uns ce fut l’occasion de revendiquer leurs droits religieux, en menaçant de quitter le port au cas où ils n’obtiendraient pas satisfaction[22] . Les autres, qui avaient joué la même carte en 1649 dans une affaire de moindre importance (Castignoli, 1979, pp. 31-32), ne bronchèrent pas cette fois-ci.

 

Le curé Mesrop Owl’owrlean, envoyé en 1879 de Constantinople ranimer la paroisse de Saint-Grégoire, la trouva désormais indiscernable des autres paroisses de la ville. En 1916, à l’heure d’héberger en Italie les rescapés du génocide, Livourne ne figura même pas parmi les villes d’accueil (Panessa, 1996, pp. 136-137).

Le palais d’Antonio Bogos a disparu, avec son hammam, sous les bombes de la deuxième guerre mondiale. De l’église arménienne, il ne reste plus que le porche et la façade, dont on a entrepris la restauration plus de 50 ans après les bombardements.

 

 

ÉPILOGUE

 

Seule la communauté juive de Livourne a réussi à prolonger sa trajectoire dans l’après-guerre -son lieu de culte reconstruit en témoigne- bien qu’avec beaucoup moins d’éclat qu’auparavant. Cette relative persistance, toutefois, n’infirme pas la tendance longue à l’appauvrissement fonctionnel des ports méditerranéens, jadis lieux d’élection des diasporas historiques qui les ont pour la plupart progressivement désertés au cours du XXème siècle. Mais l’ouverture des nouveaux cycles diasporiques sous d’autres cieux se situe en dehors de l’objet de cette analyse.

 

 

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[1] Sauf pour ce qui est de la juridiction ecclésiastique, puisque Livourne n’obtint l’élévation à diocèse qu’en 1806. L’archevêque de Pise put ainsi exercer une influence considérable sur le statut et les droits des communautés chrétiennes orientales.

[2] Pour une meilleure organisation de la matière, on a préféré aborder l’histoire des deux communautés séparément, en commençant par la communauté grecque.

[3] Pour la biographie de ce personnage, voir G. Bonifacio, 1939, pp. 343-359 et 1940, pp.30-49.

[4] Le Grand-Duc, après avoir fait don du terrain aux Grecs, s’était aussi chargé d’une partie des dépenses de construction, étant entendu qu’une retenue sur la solde des marins grecs de la flotte toscane lui aurait permis de récupérer son argent (Paolini, 1988-90, p. 222).

[5] Qui n’est pas limitée à la «nation» grecque, car de nombreux marchands et capitaines anglais ou «tudesques», anglicans ou luthériens chez eux, se comportent en bons catholiques à Livourne, faisant preuve de «souplesse manœuvrière», peut-être, plus que d’esprit de contrition (Castignoli, 1992, p. 30).

[6] La composante «unie» à Rome, formée de catholiques «latinisés» des îles ioniennes e d’«orientaux» des autres possessions vénitiennes, était jusqu’alors très minoritaire.

[7] Dans celui qui relate les résultats de la visite pastorale effectuée en 1666, il est dit que l’archevêque n’a rien interdit (des usages pas conformes aux préceptes romains) de peur de susciter les tumultes de cette nation «très opposée et méchante envers les latins» (Paolini, 1988-90, p. 224).

[8] Ceci est revendiqué, d’ailleurs, dans un mémoire présenté par les représentants de la nation aux autorités toscanes, en 1770 environ, au sujet des restrictions frappant les obsèques de leurs coreligionnaires (reproduit dans Vlami, 2000, pp. 382-83).

[9] Il faut rappeler que la nation grecque en était devenue la propriétaire en 1616, en éteignant sa dette envers le Grand-Duc (cf. note 4).

[10] Le résultat immédiat de cette dernière mesure est qu’à l’Annonciade ne restèrent que 19 paroissiens, alors qu’en 1760 dix fois plus (193) figurent dans la liste des fondateurs de l’église orthodoxe.

[11] Cf. note 8.

[12]. Avec le temps, cette clause dotera la Confrérie d’un des patrimoines immobiliers les plus importants de la ville (Vlami, 2000, p. 291).

[13] Après avoir entretenu un petit hôpital indépendant, la Confrérie opta pour la location d’une salle à l’intérieur d’hôpitaux plus grands afin, d’après Tomadakis, de soustraire les malades de la communauté au risque du prosélytisme catholique (Tomadakis 1940, pp.101-102).

[14] Le soutien de la Confrérie aux études universitaires des jeunes compatriotes est documenté de 1788 à 1854 (Vlami, 2000, pp. 325-329 ; Tomadakis, 1940, pp. 107-111).

[15] Les licenciés grecs de l’université de Pise entre 1779 et 1841 sont au nombre de 320 (Papantonopoulos, 1986, p. 55).

[16] Encore en 1867, ce sont les représentants des familles les plus en vue de la communauté qui animent, à partir de Livourne, l’Association Italo-hellénique de soutien à la révolte crétoise (Liakos, 1995, pp. 191-193).

[17] Un an plus tard, le Statut toscan consacré l’égalité de tous les citoyens devant la loi, quel qui soit le culte qu’ils professent : le régime fondé sur les privilèges est ainsi définitivement dépassé (Castignoli, 1992, pp. 33-34).

[18] De Paz, 1978, pp. 9-12.

[19] G. Panessa développe ce raisonnement, mais sans produire de documents pour l’étayer (Panessa, 1998, p. 71). L. Paolini ne cite qu’un fait divers, du reste pas très pertinent (Paolini, 1991, p. 11).

[20] Dont il existe ce spécimen éloquent : «La foi des Arméniens étant fort suspecte, puisque très aisément ils se montrent ou Catholiques ou Schismatiques selon qu’ils y trouvent leur compte, il [faut] veiller à ce que, sous ce couvert, vrai ou faux qu’il soit, l’on n’introduise une Église Schismatique […], d’autant plus que la Liberté des trafics, qu’on cherche à maintenir dans ce port-là, ne permet pas toujours que l’on puisse user de ces précautions qui seraient parfois nécessaires» ; cité dans Owl’owrlean, 1990, p. 43.

[21] Cf. plus haut, p. 7.

[22] Cf. plus haut, p. 9.