Cosmopolis

A Journal of Cosmopolitics

Revue de cosmopolitique

 

Editorial

Nils Andersson poursuit la série entamée précédemment au sujet de la guerre conçue comme inséparable du capitalisme selon le mot de Jean Jaurès, qui avant la Première guerre mondiale se référait à la situation chaotique qui suivit cette époque et qui contredit toute « fin de l’Histoire ». Transposée dans notre époque, l’hypothèse reste structurante à l’heure où les États-Unis de Trump en sont la démonstration, tout en engendrant des cyberguerres dans un monde devenu multipolaire.

Alors que s’estompe l’espoir d’un avenir meilleur, Nicole Morgan rappelle que les peuples européens ont été confrontés aux limites spatiales de leur extension, à une « fin des empires » débordée au XXe siècle par la nouvelle version d’un un paradis futur fondé sur une combinaison de technologie, de sciences sociales et de remèdes miracles politico-économiques. L’épuisement de cette vision du monde voit se refermer les frontières temporelles avec l’annonce au XXIe siècle d’une fin de l’avenir.

Tanguy Struye de Swielande analyse la mutation d’un monde anciennement perçu comme immuable et unipolaire, dominé par les États-Unis sur les plans militaire, politique et économique, voire culturel et technologique. Cet ordre trouve aujourd’hui ses limites, face à l’émergence de nouvelles puissances qui contestent la domination occidentale et la restructurent en un monde multipolaire autour de pôles régionaux, à la faveur des tensions géopolitiques, des rivalités technologiques et des transitions énergétiques qui s’exacerbent.

Alors qu’en 2026 les empires sont de retour, Pierre Calame note que le rejet du droit international laborieusement élaboré au lendemain de la seconde Guerre mondiale est aggravé par l’imposition de la loi du plus fort par les Etats-Unis, la Russie et dans une moindre mesure la Chine. Leur vision des souverainetés nationales menace une construction européenne pacifique, seule forme de solidarité responsable qui dépasse ces souverainetés, pour l’affaiblir de l’intérieur comme de l’extérieur.

Il est toutefois une forme de souveraineté singulière, la souveraineté alimentaire, dont Zainal Arifin Fuat nous dit qu’elle est un droit des peuples à une alimentation saine et écologique, produite par des systèmes agricoles durables. Forte d’expériences millénaires et de savoirs traditionnels, elle est essentielle à son intégration harmonieuse au sein d’écosystèmes naturels. Plutôt que les exigences des marchés et des sociétés transnationales, elle est appelée à défendre les intérêts des futures générations et doit à cet effet être déterminée par les producteurs et consommateurs locaux.

Dans un premier chapitre, Alain Papaux pose la question du droit des animaux dans le cadre d’une authentique cosmopolitique du Vivant. Ces droits interrogent dans le même temps le sort de l’anthropocentrisme, sans nécessairement requérir une égalité entre humains et animaux, mais en reconnaissant de manière plus cohérente métaphysiquement et plus novatrice politiquement la différence fondamentale entre bêtes et hommes, sous la forme d’un spécisme de la responsabilité.

Cristina Elena Popa Tache se propose d’analyser les enjeux juridiques et éthiques des réseaux sociaux de l’espace européen concernés par une désinformation susceptible de déstabiliser la vie privée, et la réponse effective ou souhaitable des autorités et de la société. Elle attire l’attention de l’Europe sur l’ingérence étrangère qui manipule l’information pour déstabiliser les processus démocratiques.

On trouvera en fin de section la présentation d’un rapport sur la réforme de l’ONU présenté par Maurice Bertrand, inspecteur au Corps commun d’inspection des Nations Unies à Genève en 1985. Ce document revêt une actualité particulière à l’heure où l’ordre international établi après la Seconde guerre mondiale se délite, sous l’effet d’une résurgence des empires et de la déconstruction du droit international, à l’encontre de la notion d’universalité qui se profilait dans les années 1980.

Christian Tremblay défend une forme d’identité promue par le plurilinguisme européen, menacé par un monolinguisme de l’anglais dont le caractère hégémonique ne peut avoir que des effets désastreux sur les plans culturel et économique. Sous couvert d’enseignement international, la circulation des connaissances et la recherche ne sauraient se satisfaire d’une seule langue.

Nicole Morgan réalise dans une optique philosophique l’interview du libertarien germano-étatsunien Peter Thiel, dont les projets commerciaux, financiers et communicationnels trahissent des valeurs politiques et militantes conservatrices sui selon Peter Thiel sont destinées à remplacer Léon XIV, un « pape américain woke » antichrétien, par… lui-même.

Les photos d’œuvres d’art de petit format réalisées par Claude Gauthier sont présentées et commentées par Norman Cornett. Exposées à la Galerie Éclats Art Contemporain à Montréal, elles réunissent des artistes issus de contextes culturels variés, du Canada à la Roumanie, de la France aux Pays-Bas, du Cambodge au Guatemala ou à la Corée du Sud. L’ampleur de l’exposition se distingue par la cohérence de son dispositif et une diversité visuelle qui ne se dissout jamais dans la dispersion.

Jeffrey Levett livre ses sensations du temps tel qu’il les ressent au travers de divers lieux illustrant diverses époques, d’Athènes à la Grenade du XIVe siècle et des Pyrénées au village de Hemingway. Pour plonger dans un livre traversé par les figures évanescentes d’un passé enchanté à un avenir inconnu.

Paul Ghils