Cosmopolis

A Journal of Cosmopolitics

Revue de cosmopolitique

Editorial

Les articles du présent numéro commentent quelques-unes des évolutions politiques, idéologiques et sociologiques d’un Occident en voie de restructuration.

Hubert Landier souligne ce qui doit être une démarche qui ne peut être que personnelle pour sortir du racisme, celle d’un sujet qui, prenant le risque de la solitude, n’accepte pas que l’on pense et que l’on agisse en son nom dès lors que ses convictions l’invitent à refuser ce qui lui apparaît comme destructeur pour l’humanité. Ce geste l’extrait de l’enferment dans une identité dans parle l’auteur dans ses ouvrages, un lieu qui le rend inconscient de la disparité du monde extérieur.

Une évolution parallèle est celle qui divise ce qui reste l’Occident, dont Paul Magnette montre que son évolution actuelle est marquée par la deuxième révolution conservatrice engagée par la présidence américaine et caractérisée par la convergence sociopolitique de ce qui distinguait la droite classique de l’extrême droite. Il s’interroge sur la possibilité en Europe d’une réaction idéologique de la gauche, afin de transcender les catégories sociales et de fonder une politique favorable au plus grand nombre.

Nicole Morgan revient sur des études publiées avant la rupture planétaire actuelle et qui retrouvent leur pertinence dans le contexte qui est le nôtre. Parmi les utopies présentes et passées, elle rappelle celle que Thomas Moore évoquait avec humour,  libre de toute autorité divine ou princière, ici aussi sous onction divine, et dès lors promue à resituer l’humain au sein d’un bien commun régi par la raison. Sans enracinement dans la tradition ni dans une collection d’entités nationales, comme l’imagine Zhao Tingyang en évoquant un « tout sous le ciel » qui serait une « mondialité » unifiée au-delà de l’international.

Pour revenir précisément à cet ordre ou désordre international ou multinational, François Misser dénote le débordement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine sur les relations économiques entre Etats africains et sur les questions humanitaires et sécuritaires. Dans ce contexte, l’aide militaire fournie par l’Ukraine à certains Etats africains a abouti à la rupture de leurs relations diplomatiques avec Kyiv, ce qui ne réduit guère l’influence russe tout en entraînant un coût diplomatique pour l’Ukraine.

Paul Roger Bassong souligne l’incomplétude d’une science linguistique trop eurocentrée, en l’appelant à être plus attentive à aux données des langues africaines, très nombreuses et souvent mal connues. En ce sens, il rappelle que cette science se fonde classiquement sur des données empiriques qui engendrent sa transformation permanente, au niveau linguistique comme à celui des catégories de pensée qui lui sont redevables. Il y a là l’idée d’une théorie ouverte aux marges, mais aussi à un renouvellement de la production conceptuelle.

L’étude de Cristina Popa Tache concerne les plateformes de réseaux sociaux, qui oscillent entre la participation démocratique et la diffusion de la désinformation et des discours haineux, les violations du droit à la vie privée et les distorsions algorithmiques. Les normes européennes évoluent en corrélation avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, mais buttent sur les contradictions éthiques entre l’autonomie revendiquée et les contenus effectifs, qui requièrent selon l’auteure la réglementation multidimensionnelle du domaine public cyber-spatio-temporel,

Dans une optique mondiale, Jeffrey Levett s’interroge sur la possibilité de mesures politiques propres à améliorer la qualité de vie, le bien-être des habitants de la planète, qui se trouve menacée par la sécheresse, l’insécurité alimentaire, la pollution environnementale et les radiations, alors qu’elle ne manque ni de ressources, ni de compétences. Ce sont toutefois leur distribution démentielle qui est en cause, autant que l’absence de la liberté que permet l’éducation civique nourrie par la philosophie classique.

Nils Andersson rappelle les mots de Jean Jaurès, qui avant la Première guerre mondiale prédisait que le capitalisme portait la guerre en germe, pour qualifier un environnement contemporain plus chaotique qu’au sortir de cette guerre et qui contredit toute « fin de l’Histoire » tout en engendrant inversement des cyberguerres dans un monde devenu multipolaire.

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Dans la rubrique « Débats et documents », Paul Magnette s’interroge sur la stratégie européenne de sécurité, alors que se clôt l’ère centrée sur la seule souveraineté nationale. La version étatsunienne retombe dans un simplisme mégalomaniaque qui occulte les questions climatiques, s’ingère dans la souveraineté européenne et plonge les relations internationales dans l’instabilité.

Le Centre Europe – Tiers Monde (CETIM) souligne que le Traité international contre la pollution plastique (5e session, Genève, août 2025) a placé les intérêts économiques et commerciaux des sociétés transnationales au-dessus de la protection de la vie et de l’environnement.

Patrick Paul propose de restructurer la pratique médicale dans une optique transdisciplinaire qui allie la médecine allopathique, la médecine chinoise et diverses pratiques traditionnelles en se fondant sur le concept d’invariant anthropologique.

Paul Ghils