Editorial – 2010-1-4

Les thèmes abordés dans le présent numéro relèvent de cette dimension essentielle de la sociologie des relations internationales que sont les facteurs linguistiques et culturels. Sans doute la vision étroitement disciplinaire de l’ensemble complexe des facteurs e des acteurs qui se bousculent sur la scène mondiale continue-t-elle de produire des analyses étriquées fondées sur le seul ingrédient politique, ou économique, ou centré sur tel ou tel paramètre réducteur. Les contributions qui suivent présentent quelques arguments en sens contraire.

Les chercheurs de l’Union latine s’interrogent sur la compatibilité entre la diversité linguistique et la globalité d’un monde qui risque de perdre près de la moitié des langues parlées par ses habitants. Le cyberespace apparaît ici comme le gardien de quelques unes des pièces du patrimoine de l’humanité, tout en contribuant à l’expansion du multilinguisme.

Les quatre articles qui suivent traitent de divers aspects des racines et des perspectives du projet européen.

Lorenzo Peña reprend les arguments produits dans les années 1990 et toujours valables aujourd’hui, sur la manière d’affronter la crise mondiale et de ranimer le projet européen. L’auteur tient que l’emblème européen dénote un ensemble de territoires réunis en un ensemble hétéroclite, dont la réalité pose problème.

Selon Bruno Colmant, le rapport entre religion et développement économique en Europe renvoie à des interrogations antérieures à l’efficacité des modèles de référence, entre la réglementation et la normalisation prônées par l’Union européenne et la dépendance de l’individu à l’égard des critères consacrés par le monde anglo-américain.

Le contexte particulier de la Russie post-soviétique, la crise prend un tour civilisationnel. Aucune des valeurs jadis encensées ne résiste, et aucune révolution politique, économique ou sociale ne semble à même de répondre à la crise. Evguénia Brazhnik propose de renouveler le cadre pédagogique de la société afin de l’adapter aux réalités multiculturelles des divers groupes ethniques et nationaux qui la composent et d’intégrer ces derniers dans un cadre institutionnel, politique et économique, accueillant pour toutes ses composantes.

En illustrant une facette circonscrite de l’histoire des diasporas grecque et arménienne en Méditerranée, cette étude entend apporter quelques éléments d’éclairage à l’analyse du rapport entre les communautés diasporiques et le milieu d’accueil : la trajectoire des Grecs et des Arméniens de Livourne, qui apparaît aujourd’hui comme une boucle bouclée, peut nous amener à reconnaître un modèle cyclique de l’évolution des diasporas méditerranéennes, par-delà les traits spécifiques liés au contexte local et à la variation de ses conditions politico-économiques.

La réflexion de David Beetham part de la constatation faite par Richard Wilkinson et Kate Pickett dans The Spirit Level que la réduction des inégalités de revenu entre 1945 et la fin des années 1970, bien que marquée par de profondes divergences, s’est prolongée dans les divers pays d’Europe continentale alors que la tendance s’inversait radicalement dans les régions anglo-saxonnes. Il commente l’idée des deux auteurs selon laquelle le capitalisme libéral, s’il est laissé à lui-même, produit non point un effet de « percolation », mais une aspiration par le haut des revenus et des richesses.

Les derniers articles abordent brièvement diverses questions liées à la transparence et la gestion de l’OMS, à la séparation entre la religion et l’Etat dans les pays musulmans et la signification de la politisation de l’islam, à la laïcité et au développement multiculturel au Liban, au rôle des religions sur la scène politique mondiale et aux diverses solutions institutionnelles apportées à la question du rapport entre les Etats et les religions.

This issue of Cosmopolis brings to the fore issues from a wide array of academic specialties, drawing on interdisciplinary perspectives and contexts with an emphasis on cultural and linguistic topics. It focuses on the need to proceed beyond the debilitating view that still prevails in much of the contemporary study of international relations politics, that a strict analytic division should be maintained between the domestic and the international, but also between the cultural and the political, among other basic dimensions of the global arena.

 

Researchers from the Latin Union address the compatibility between linguistic diversity and a global context where almost half of the world’s languages are in danger of disappearing by the end of the century. They show that the cyberspace has become at the same time a key medium both for keeping some forms of the world heritage and for contributing to the development of multilingualism.

 

The next four papers deal with various aspects of the European project, past and future.

 

Lorenzo Peña returns to arguments first produced in the 1990s and still valid today about how to confront a global crisis and bring the European project back to life. He contends that « Europe » apparently points to a vague set of territories put together in an arbitrary way, with a limited degree of reality.

 

In Bruno Colmant’s view, the interrelationships between religious emancipation and economic development in Europe opens out to prior questions regarding the relative efficiency of models, between the kind of regulation and standardization proned by the EU and the individual’s dependence on economic criteria in the Anglo-Saxon world.

 

In the specific context of post-Soviet Russia, modern civilization experiences a deep crisis. No revolutionary changes in the political, economical or social spheres can help its citizens to get out of it. Evguénia Brazhnik claipms that a new concept of education should be applied to the pedagogical sphere in a multicultural context. A viable future presupposes the demise of national and ethnic claims and should aim to harmonize the being of small and large nations in the conditions of political and economical integration.

 

Umberto Cini’s study draws on a peculiar dimension of the Greek and Armenian diasporas in the Mediterranean region to shed some light on the historical link between diasporic communities and the host country. The fate of Greeks and Armenians in Livorno’s region, which appears today as a completed journey, may suggest a cyclical model in Mediterranean diasporic moves beyond any specific local features and varying political and economic conditions.

 

Based on Richard Wilkinson and Kate Pickett’s path-breaking book The Spirit Level, David Beetham’s comment asks why the decline in inequality in incomes from 1945 to the late 1970s has been followed by marked disparities between the continental European countries, where the trend continued, and the Anglo-Saxon economies, where it went into sharp reverse, continuing up to the present. He discusses the authors’ suggestion that free market capitalism, if left to itself, produces not so much a downward trickle as an upward flood of income and wealth.

 

The remaining papers take up related topics or somewhat different questions: the controversy about transparency and accountability in WHO’s management; the separation between religion and the state in Islamic regions and the impact of Islam reduced to a political ideology; secularism and multicultural development in the Lebanese context; the influence of religion in global politics and variations in religion-state institutional arrangements.